Sténotypistes, rédacteurs/transcripteurs de profession ou rédacteurs occasionnels de comptes rendus de réunion, noyés sous une avalanche de mots, il vous arrive probablement de ne plus savoir ce que vous devez garder ou pas d’un discours retranscrit. Congrès 2000 vous présente une série d’articles consacrés aux « intranscriptibles », ces tics de langage, pléonasmes, ou solécismes qui ponctuent toutes les prises de parole, y compris des meilleurs orateurs.

Les tics de langages sont omniprésents dans les discours. On connaît bien les onomatopées, ces petits « euh », « ben »,  « bon », mais en réalité leur famille est beaucoup plus vaste. Petites bouées de sauvetages, ils permettent aux intervenants de gagner du temps et de rassembler leurs idées. Pas forcément gênants à l’oreille (à moins qu’ils ne soient vraiment trop envahissants), à l’écrit, ils parasitent la lecture. Il est donc recommandé de les supprimer autant que possible dans une transcription retravaillée et a fortiori dans un compte- rendu au langage soutenu.

Voici un petit florilège des manies oratoires les plus couramment rencontrées !

Après

« Après, vos arguments ne changent rien à notre position. »

L’adverbe « « après » ne devrait s’employer que pour exprimer la postériorité dans le temps ou dans l’espace. A l’oral, il est pourtant souvent utilisé pour marquer une concession, une objection ou une conclusion.

Préférez-lui, en fonction du contexte, les termes : « pour autant », « cependant », « néanmoins », « dès lors ».

Exemple de forme correcte → « Après la réunion, je vous propose d’aller boire un café. Cependant, si certains n’ont pas le temps, je ne m’en offusquerai pas. »

Du coup

« J’ai bien entendu vos demandes de corrections. Du coup, nous vous enverrons le PV rectifié avant la prochaine séance. »

Selon l’Académie française, cette locution a d’abord été employée au sens propre comme l’illustre la phrase : « Un poing le frappa et il tomba assommé du coup ». Ensuite, elle fut utilisée pour exprimer « l’idée d’une cause agissant brusquement ». Par exemple : « La bouteille de gaz explosa et du coup toute la maison pris feu. »  « Du coup » a alors « aussitôt » pour synonyme. De nos jours, « du coup » est fréquemment utilisé de façon inappropriée au lieu de « de ce fait » ou « par conséquent ».

Exemple de forme correcte → « Je lis beaucoup, par conséquent je m’améliore en orthographe. »

En fait

« Nous vous avons demandé de prendre des mesures, mais en fait nous ne voyons rien arriver ! »

Cette locution adverbiale sert souvent à l’oral (à tort) à renforcer la conjonction « mais » qui se suffit pourtant à elle-même. Réservons-la à sa vraie signification  : « réellement », « vraiment » et « contrairement aux apparences » !

Exemple de forme correcte → « Nous avons fini par évacuer la salle, mais ce fut une perte de temps. La rumeur d’une inondation était en fait une fausse alerte. »

« Donc »

« Donc je reprends là où je m’étais arrêté. »

Cette conjonction de coordination exprime une conséquence (« Je pense, donc je suis. ») ou la surprise (« Allons donc ! ») ou même une injonction (« Va donc, eh, patate ! ») Même si elle permet souvent à l’orateur de raccrocher les wagons de sa pensée interrompue ou distraite, elle n’a pas grand-chose à faire en début de chaque phrase !

Exemple de forme correcte → « Pour conclure, cet imprévu nous oblige donc à fermer nos locaux. »

« Je dirais » et son jumeau « j'ai envie de dire »

« J’ai envie de dire que je vous comprends très bien et je dirais même que vous avez raison. »

Si l’utilisation de ces locutions marque probablement l’implication de l’orateur et une certaine subjectivité de son discours, nous avons envie de dire que l’excès en tout nuit !

Forme correcteEn l’occurence, point d’équivalence. Au rédacteur d’évaluer le nombre de « je dirais » qu’il peut retranscrire sans perturber la lecture.

Juste

« Nous sommes juste ravis d’ouvrir cette séance en présentiel. »

Utilisé comme adverbe, « juste » exprime la restriction et signifie « seulement ». Une fâcheuse tendance – pas si récente – consiste à l’accoler à un adjectif pour renforcer ce dernier et exprimer son enthousiasme. Il s’agit vraisemblablement d’un détournement d’anglicisme (« Just do it ! »), ce qui n’est juste pas correct ! Si vous voulez parler juste, et réserver « juste » à ses justes usages, préférez-lui « vraiment » ou « tellement ».

Forme correcte → « Cette femme est vraiment extraordinaire ! »

Clairement

« Clairement, je suis tout à fait favorable à cette réorganisation. »

« Clairement » signifie d’une manière claire, avec clarté. Là encore, son usage familier marque l’insistance mais sa répétition inutile peut nuire à la clarté du propos. Comme l’a dit Nicolas Boileau-Despréaux : « Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément. » « Evidemment » ou « assurément » seront plus appropriés !

Forme correcte → « Évidemment, j’abonde dans votre sens. Il nous faut clairement établir une stratégie. »

Si vous voulez

« Si vous voulez, l’avenir s’annonce incertain. »

Utilisé à l’oral, « si vous voulez » peut servir à gagner du temps afin de réfléchir aux propos suivants. C’est aussi une façon d’interpeller son interlocuteur, de le ménager, une sorte de coussin verbal.

Forme correcteLà encore, il appartient au transcripteur d’évaluer le nombre de « si vous voulez » qu’il peut retranscrire sans perturber la lecture.

Voilà

« Notre projet est de gagner toujours plus de parts de marché. Voilà. »

Trop souvent, « voilà » est utilisée à l’oral comme un signe de ponctuation, sans réelle signification autre que celle de témoigner que le discours est terminé.

Dans un usage correct, ce petit adverbe s’emploie en début de phrase, pour introduire une conséquence (« Voilà pourquoi »), annoncer un dénouement proche ou aborder (enfin) le point essentiel (« Nous y voilà ! »).

Forme correcte →  « Voilà pourquoi nous espérons que vous serez ouverts à notre proposition. Nous restons à votre écoute. »

Voilà. Donc nous espérons clairement vous avoir été utiles. Si vous voulez, nous avions envie de dire qu’il est juste indispensable dans une retranscription de prêter attention à ces petits tics de langage qui peuvent venir polluer le plus beau compte rendu !


3 commentaires

Comment rédiger un compte rendu de réunion · janvier 28, 2022 à 2:16

[…] les tics de langages, les barbarismes, les anglicismes trop […]

barbarismes et solécismes · février 10, 2022 à 5:44

[…] vous avez raté le premier épisode des Intranscriptibles sur les tics de langage, n’hésitez pas à vous rattraper […]

Relecteurs, rédacteurs et transcripteurs · juin 13, 2022 à 7:15

[…] demande contraire du client, les tics de langages sont expurgés : comme nous avons pu le voir dans notre article sur le sujet, certains orateurs commencent leurs phrases par de petits mots tels que « et » ou « donc » et […]

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